Portrait de Muriel Pénicaud, Ambassadrice, Représentante permanente de la France auprès de l’OCDE, par Laurance N’Kaoua pour le journal Les Echos.

Muriel Pénicaud, Diplomate
par Laurance N’Kaoua

L’immeuble est discret. Seuls une plaque de cuivre et quelques drapeaux trahissent son caractère officiel. C’est là qu’œuvre désormais Muriel Pénicaud. La semaine dernière, l’ancienne ministre du Travail a succédé à Jean- Pierre Jouyet comme ambassadrice, représentante permanente de la France à l’OCDE. Installée sur un large canapé, elle parle vite, se reprend, insiste, d’une voix douce, déterminée. « Je veux continuer à servir mon pays ! » lance-t-elle, vibrionnante. Car à 65 ans, l’ancienne directrice générale des ressources humaines de Danone, qui manie le sabre, aime le Japon et photographie les oiseaux en noir et blanc, n’est pas rassasiée.
En trois ans, elle a pourtant transformé tambour battant un système social jugé archaïque. Après l’épineuse réforme du Code du travail par ordonnances, elle a rebattu les cartes de la formation, de l’apprentissage, de l’assurance chômage… « Rue de Grenelle, nous avons fait le job », assure-t-elle, pragmatique, et fière, dit-elle, d’avoir ainsi « changé des vies ». Et d’évoquer le compte personnel de formation, la mise en place du chômage partiel à grande échelle… « Tout va me paraître plus cool », murmure, souriante, cette mère de deux enfants qui, au sein du gouvernement d’Edouard Philippe, vivait à 200 à l’heure. Finies les restrictions sur sa vie privée. Oubliés les lynchages sur les réseaux sociaux ou les menaces de mort du temps des « gilets jaunes »…
A l’OCDE, elle sera la voix de la France, une voix forte, promet-elle. Un rôle d’influence dans le droit fil d’une carrière sans frontière. N’était-elle pas, en tant que directrice générale de Business France, chargée déjà de promouvoir l’attractivité du pays ? Muriel Pénicaud poursuivra donc ses combats, bataillant sur la fiscalité, pour le climat ou contre les inégalités hommes-femmes. Jeune déjà, cette Versaillaise, née dans une famille bourgeoise de cinq enfants, voulait sortir des sentiers battus. Trois diplômes d’éducation, d’histoire et de psychologie plus tard, elle quitte un poste honorable d’administratrice territoriale. Et part arpenter le monde, sac au dos… allant de Thessalonique à Istanbul, à pied. Marcheuse, déjà.
Curieuse. Infatigable. D’enfants autistes en kibboutz israéliens, elle a soif d’être utile en transformant le monde. « Je n’ai jamais eu de plan de carrière. J’ai toujours pris des risques, avec la liberté comme le saumon de remonter la rivière », confie Muriel Pénicaud pour qui « le pouvoir n’est pas un but en soi mais un levier. » « C’est tout sauf quelqu’un qui calcule, note la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte. Elle est pleine de vie, de projets, d’énergie, de chaleur humaine, de simplicité... C’est une femme libre. » Elle fonce, planche ses dossiers au sein des territoires puis, dès 1991, au ministère du Travail, comme conseillère de Martine Aubry. Elle y croise Guillaume Pepy, Jean-Pierre Clamadieu... se rode à la négociation et milite, depuis lors, pour réconcilier les performances économiques, sociales et écologiques. Dès 1993, chez Danone mais aussi chez Dassault Systèmes.

Y croire dur comme fer

On la dit « franche », « entière », « exigeante », « impatiente ». En 2014, elle a fusionné Ubifrance et l’AFII pour créer Business France, le temps de susciter quelques rancœurs et l’intérêt de la justice, soucieuse de vérifier que l’agence respectait les règles de la commande publique. Avant de se voir confier les clés du ministère.
Depuis, on a compté ses bonus chez Danone, guetté ses faux pas chez Business France, jugé ses gestes trop libéraux. On lui a même prêté des inimitiés avec Emmanuel Faber... Son secret ? Y croire dur comme fer. En privé, elle expose ses tirages à Paris, Kyoto et Pékin, écrit sous le nom de Julia Joy et finance de l’art social via son fonds Sakura. « Elle a un regard d’artiste, dit le photographe Reza. Elle a occupé d’immenses responsabilités et n’a pas changé. Elle ne s’est pas perdue. » L’OCDE ? Une suite logique à ses yeux : « Les problématiques sont les mêmes, dit-elle, mais comme en photo, l’angle de vue est différent. »

Lien vers l’article : https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/muriel-penicaud-diplomate-1254025

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Dernière modification : 12/10/2020

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