L’Agence Internationale de l’Energie en pleine évolution

Si l’on connaît généralement un peu ce que fait l’Agence internationale de l’énergie (AIE), on sait moins souvent qu’elle est une agence de l’OCDE. On sait aussi qu’elle a été créée lors du 1er choc pétrolier en 1974, pour devenir l’instrument de la réplique des pays occidentaux à l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) qui avait augmenté de manière importante les prix du brut pétrolier.

Initialement, l’AIE était donc chargée de rassembler des statistiques pétrolières et de gérer entre Etats membres un mécanisme de stockage de sûreté destiné à subvenir à des ruptures d’approvisionnement en pétrole (crises politiques et météorologiques). Ces stocks stratégiques ont été ainsi utilisés lors de la guerre en Libye (2011) ou, plus intensément, lors de l’invasion du Koweït par l’Irak 1991 ou de la guerre irako-iranienne de 1981, ainsi que lors des ouragans Gustav (2008) ou Katrina (2005) aux Etats-Unis.

Très vite, l’AIE s’est intéressée non plus au seul pétrole mais à toutes les sources d’énergies, fossiles (charbon, gaz) ou non (énergies renouvelables de tous ordre) et même au nucléaire. De même, bien au-delà de la seule sécurité des approvisionnements, elle a élargi ses études à la consommation, la production de ces combustibles, mais aussi à l’efficacité énergétique et … bien sûr au climat par le biais des émissions de gaz à effet de serre de ces combustibles.

Comptant actuellement 30 Etats membres (un peu moins que l’OCDE, même si tous ses membres sont aussi membres de l’OCDE selon les termes du traité même instituant l’AIE), l’AIE s’est lancée depuis 4 ans dans une extension de son périmètre de travail, vers de grands émergents (Chine, Inde, Brésil e.g.) au sein d’un regroupement baptisé « Association » qui regroupe ces 3 grands pays mais également l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Maroc, la Thaïlande et Singapour. Comment intégrer dans une « famille AIE » ces grands pays consommateurs et producteurs d’énergie, tout en ménageant les intérêts des 30 Etats membres actuels (le Mexique est devenu membre en 2018 et le Chili est candidat).

Cette nouvelle « famille AIE » représente 70% de la demande mondiale de pétrole (et d’énergie par ailleurs), alors que les Etats membres ont vu leur propre demande passer de 75% du monde en 1974 à 40% en 2020, et sont donc en position de minorité même relative. Pour l’instant, et faute d’avoir trouvé la solution pour faire devenir membre de l’AIE un pays qui n’est pas candidat à l’OCDE (l’Inde par exemple), la coopération des pays associés avec l’AIE porte surtout sur le recueil de données et statistiques, la sécurité énergétique, la transition énergétique (en lien avec les objectifs de la COP21) et l’analyse des politiques nationales des Etats.

L’AIE a un 2ème chantier en cours : la refonte de son système de stockage stratégique de pétrole, qui jusque ici prévoit pour chaque Etat membre importateur de pétrole la tenue sur son sol de stocks à hauteur de 90 jours de ses importations, en vue de mutualiser ces stocks en direction de tel ou tel Etat touché par une crise. Parmi les idées qui surgissent pour réformer l’organisation de ces stocks stratégiques, l’AIE suggère la prise en compte d’une part de consommation de pétrole (et pas seulement d’importation), par exemple 30 jours annuels de consommation, dans le calcul des stocks stratégiques (l’UE fixe pour ses propres Etats membres un stock qui est le majorant de 61 jours de consommation annuelle, ou de 90 jours d’importation).

Pour l’instant, rien n’est décidé mais un fait important risque de peser sur ce débat : instiller une dose de consommation dans un calcul basé entièrement jusque ici sur l’importation du pétrole peut faire réagir des pays comme les Etats-Unis, qui, grâce au pétrole de schiste extrait à marche forcée depuis 4 ou 5 ans sont devenus autosuffisants en pétrole et devraient même être très faiblement exportateurs en 2019, donc n’ont plus à constituer de stocks de pétrole.

L’AIE suggère aussi l’intégration dans les calculs des stocks nationaux du pétrole utilisé en pétrochimie, jusque ici « exempté » alors que son importance va croître au fil des années à venir. Par la même occasion, l’AIE souhaiterait intégrer dans le calcul des stocks divers types de pétrole exclus jusque ici : les soutes marines comme les soutes aériennes, mais aussi le naphta (résidus lourds). Et, bien sûr, toutes les parties prenantes souhaitent éviter d’avoir à en passer, dans cette réforme, par une modification (passage devant 30 parlements nationaux) du Traité dit « Programme International de l’Energie » qui constitue la règle de base de l’AIE.

Avec ses quelque 300 collaborateurs qui retrouveront en juin 2019 leur siège proche de la Tour Eiffel, avec son Directeur Exécutif déjà réélu pour un 2ème mandat de 4 ans en septembre 2019, l’AIE s’attache à préparer pour fin 2019 une réunion Ministérielle qui rassemblera un nombre plus important de pays qu’en 2017, avec non seulement les 30 Etats membres mais également les 8 pays associés (Chine, Inde, Brésil, Afrique du sud, Indonésie, Maroc, Thaïlande et Singapour).

Dernière modification : 28/01/2019

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