L’ascenseur social est-il en panne au sein de l’OCDE ?

JPEG Selon le rapport « L’ascenseur social en panne ? Comment promouvoir la mobilité sociale » publié ce jour par l’OCDE, la faible mobilité sociale au sein des Etats membres peut être la source d’une crise de confiance et d’un certain pessimisme quant à l’avenir. Ainsi, en France, 71% des parents redoutent-ils que leurs enfants n’atteignent pas leur propre statut et 44% d’entre eux considèrent que leur propre niveau d’éducation prédestine le sort de leurs descendants. Toutefois, la transmission de la situation économique entre les générations est loin d’être une fatalité.

En effet, l’ascension sociale n’est pas uniquement une question de revenus. Accéder à une « vie meilleure » suppose également une progression en matière d’éducation, de santé et de logement. D’autre part, et contrairement à un sentiment répandu, la mobilité sociale n’est pas un phénomène à sens unique. Elle peut être fluctuante, et parfois même refléter des mouvements divergents au sein d’un même pays.

L’OCDE a mis en relief l’existence de planchers et de plafonds « adhérents » pour décrire ce manque de mobilité à la base et au sommet de la pyramide sociale. Ainsi, naître dans un milieu défavorisé prédispose-t-il à y demeurer pour ce qui est, par exemple, de la santé, de l’éducation, de l’emploi ou des revenus. Aujourd’hui, il faut en moyenne quatre à six générations en Europe continentale (contre deux en Scandinavie) pour remonter la moitié de l’échelle sociale, cependant que la plupart des enfants nés de parents faiblement éduqués n’atteindront jamais l’enseignement supérieur. A l’autre extrémité, les individus issus des milieux socio-culturels élevés sont susceptibles d’y demeurer, notamment en matière d’éducation, d’emploi et de revenus. Ainsi, 50% des enfants de cadres le seront à leur tour.

En revanche, les membres de la classe moyenne semblent être davantage exposés au risque de mobilité « descendante ». Le caractère volatile de leur condition, ainsi que la forte fragmentation de leur groupe social, en soulignent la vulnérabilité, et notamment celle de la lower middle class.

S’il s’agit d’une tendance générale au sein des pays de l’OCDE, il faut également noter des disparités régionales. Les classes moyennes françaises sont par exemple moins sujettes au déclassement économique que celles des autres pays. En revanche, alors que les pays anglo-saxons s’avèrent à la fois inégalitaires et « socialement mobiles », France, Allemagne et Autriche conjuguent faible inégalité et piètre mobilité de revenus, autant d’obstacles au bon fonctionnement de l’ascenseur social.

Selon l’OCDE, les écarts observés entre Etats membres suggèrent la pertinence d’une action publique, tant en vue d’améliorer la mobilité sociale que de protéger les ménages des chocs défavorables. Ainsi, le rapport recommande-t-il la mise en œuvre de politiques propres à assurer l’égalité des chances en matière d’éducation, de santé, de fiscalité et d’épargne, en même temps qu’à favoriser une meilleure cohésion territoriale. Enfin, il importe également, selon l’OCDE, d’atténuer les effets indésirables de la volatilité des revenus en promouvant des programmes adaptés de reconversion professionnelle, tout autant qu’en attachant la protection sociale à la personne plutôt qu’à l’emploi.

Dernière modification : 06/05/2019

Haut de page