La « bioénergie », énergie renouvelable méconnue.

-# 1. Plateforme BioFutur

En novembre 2016 à Marrakech, en marge de la COP 22 Climat, le gouvernement brésilien a lancé la plate-forme BioFutur pour coordonner au niveau international le déploiement de la bioénergie (dont les biocarburants). BioFutur a pour objectif principal de décarboner le secteur des transports (qui émet 23% des gaz à effet de serre au niveau mondial), mais également la fabrication de substances comme les plastiques et autres produits chimiques. Un biocarburant d’origine renouvelable est indiscernable de son homologue d’origine fossile (gaz naturel) mais il présente l’avantage de décarboner de fait la filière gaz.
Cette plate-forme Biofutur réunit 20 pays parmi les plus pertinents pour les marchés et pour l’innovation en matière de biocarburants avancés et de biomatériaux : l’Argentine, le Brésil, le Canada, la Chine, le Danemark, l’Égypte, les États-Unis, la Finlande, la France, l’Inde, l’Indonésie, l’Italie, le Maroc, le Mozambique, les Pays-Bas, le Paraguay, les Philippines, le Royaume-Uni, la Suède, et l’Uruguay ont choisi d’y participer.

-# 2. Bioénergie : quelques exemples

La bioénergie désigne les formes d’énergie stockées par la biomasse (surtout par conversion photosynthétique d’énergie solaire), par exemple des cultures énergétiques (soja, canne à sucre), des résidus agricoles et forestiers, des déchets organiques, qui peuvent être utilisés comme carburants ou pour le chauffage. Tant qu’elle n’est pas surexploitée (accaparement des terres, déforestation), la bioénergie est considérée comme « renouvelable ». Des chercheurs ont même réussi récemment à produire de l’éthanol cellulosique par génie génétique grâce à des bactéries génétiquement modifiées.
Le biogaz est un gaz produit par la fermentation de matières organiques en l’absence d’oxygène. Composé essentiellement de méthane et de dioxyde de carbone, le biogaz est combustible. Brûlé sur place, il produit chaleur ou électricité. Purifié, il devient du bio-méthane utilisable comme gaz naturel pour véhicules ou injectable dans le réseau de distribution de gaz naturel. La méthanisation, elle, se produit spontanément dans les marais (gaz des marais), les rizières, les grands réservoirs ou barrages hydroélectriques tropicaux, les décharges Elle peut être aussi provoquée artificiellement dans des digesteurs (boues d’épuration).

-# 3. Rôle de l’AIE

Lors de la présentation de son rapport annuel sur les énergies, dit « World Energy Outlook », fin 2018, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), agence de l’OCDE, avait noté qu’un « géant méconnu », la bioénergie, émergeait parmi les énergies renouvelables, et en représentait même plus de la moitié (5,2 % du mix mondial d’énergie primaire, contre 1,8 % seulement au « solaire + éolien », et 2,5 % à l’hydroélectricité).
Si l’AIE a soutenu les pays de la plate-forme BioFutur ces deux dernières années, notamment sur l’analyse et la promotion des technologies, son engagement a pris une toute autre dimension le 1er février 2019, en devenant le facilitateur officiel de la plate-forme des 20 Etats. En liaison avec le noyau central de 5 Etats (Brésil, Inde, Royaume-Uni, Canada, Pays-Bas), elle aidera BioFutur à mettre à jour son plan de travail, organisera des manifestations de promotion de la bioénergie, et appuiera les Etats demandeurs d’une aide technique.

-# 4. Situation en France

En France, la récupération du biogaz de décharge est obligatoire depuis septembre 1997. La loi impose de chercher à valoriser énergétiquement ce biogaz. En 2012, le gaz de décharge fournissait en France plus de 70 % de la production d’énergie primaire issue du biogaz. Et, dès 2014, quelques petits réseaux de chaleur ont déjà été alimentés par du biogaz. Un comité national « biogaz » est créé en 2014, et une stratégie nationale biomasse est lancée en 2016. La loi Transition énergétique de 2015 (TECV) fixe pour le biogaz un objectif de 10 % de la consommation totale de gaz en 2030.

Le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2019-2028, publié le 25 janvier 2019 prévoit que le biogaz représentera 7 % de la consommation totale de gaz en 2030, alors que la filière ambitionnait d’aller jusqu’à 30 % en 2035. Mais le gouvernement souhaite encourager la filière à réduire d’abord ses coûts pour pouvoir fonctionner sans subvention publique.


La bioénergie, si elle respecte le principe de durabilité (non-déforestation, absence d’accaparement des terres) représente une voie, jusqu’ici trop méconnue, pour augmenter la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique.

Dernière modification : 20/02/2019

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