Les pays de l’OCDE face à la crise des opioïdes

PNG Dans son rapport « Répondre à l’usage abusif d’opioïdes dans les pays de l’OCDE », publié ce jour, l’OCDE lance une alerte. L’accessibilité et l’abus croissants des opioïdes ont engendré une vaste crise sanitaire, économique et sociale : aux Etats-Unis, 400 000 personnes ont péri d’une overdose. Ces chiffres alarmants résultent notamment de la sur-prescription de médicaments opioïdes, des trafics illicites et, plus généralement, de l’absence de régulation en la matière.

Les opioïdes se définissent comme des substances psychotropes couramment utilisées dans le domaine de la santé à titre d’analgésiques. Toutefois, leur consommation abusive peut entraîner des comportements addictifs, mortels à bref délai. Au sein de l’OCDE, contrairement à la tendance mondiale, les opioïdes s’avèrent de plus en plus accessibles à faible coût. Selon le rapport, des prescriptions excessives et mal contrôlées nourrissent la surconsommation. Ainsi, la moyenne des personnes présentant un trouble lié à l’abus d’opioïdes a augmenté d’au moins 20% dans 25 Etats de l’OCDE en 5 ans. Parmi les pays les plus touchés, figurent les Etats-Unis, le Canada, la Suède, la Norvège, l’Irlande et le Royaume-Uni.

Parallèlement, les opioïdes alimentent un florissant marché illicite. Bien qu’il soit difficile de comparer précisément l’ampleur des flux de substances, l’héroïne (deux fois plus puissante que la morphine) demeure la marchandise la plus répandue avec les produits de la famille du fentanyl. Aux formes traditionnelles de contrebande, s’ajoute le trafic illicite sur Internet, via le dark net : 16% des transactions mondiales d’opioïdes proviennent de vendeurs basés en France (36% pour les Etats-Unis). Si ce phénomène demeure limité à ce jour, il pose de nombreux défis pour l’avenir dans la mesure où les crypto-monnaies rendent les transactions anonymes, voire intraçables.

La crise des opioïdes affecte principalement les hommes (3 décès sur 4). Les autres catégories exposées sont les femmes enceintes, les personnes présentant des troubles de santé mentale et les détenus. En Europe, moins de 1% de la population totale présente un trouble lié à l’abus d’opioïdes, mais ce chiffre s’élève à 30% pour la population carcérale. De plus, des études économiques suggèrent un lien causal entre des conditions socioéconomiques difficiles, principalement le chômage, et la surconsommation d’opioïdes.

En outre, l’OCDE déplore une augmentation significative du nombre de décès par overdose et en souligne le risque épidémique à l’exemple des situations subies par la France, le Portugal et la Suisse lors de la « crise de l’héroïne » des années 1980 et 1990. Toutefois, bien des drames auraient pu être évités si l’on observe que plus de la moitié des overdoses mortelles adviennent en présence d’un tiers, coupablement passif. En effet, comme le montrent plusieurs exemples (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Pays-Bas), une accessibilité améliorée des opioïdes ne conduit pas nécessairement à une augmentation des décès par overdose dans la mesure où existent des mécanismes de régulation appropriés.

En conclusion, les auteurs recommandent quatre axes d’effort portant sur :
- les traitements (prescriptions médicales contrôlées pour les douleurs chroniques) ;
- les soins (programmes d’échange des aiguilles et seringues, salles de consommation de drogue supervisée) ;
- l’approche générale (sensibilisation, prise en compte des conditions économiques et sociales, notamment le chômage, le logement et l’exclusion) ;
- les connaissances et la recherche (prévention, traitements non-addictifs).

Dernière modification : 15/05/2019

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