Tarification du carbone : l’OCDE publie un nouveau rapport sur les taux effectifs

Deux ans pour agir contre le changement climatique et éviter des « conséquences désastreuses »

Début septembre, le Secrétaire général de l’ONU, M. Antonio Guterres, tirait la sonnette d’alarme, estimant qu’il restait deux ans pour agir contre le changement climatique afin de ne pas affronter des « conséquences désastreuses ». Cette urgence à agir est confortée par le tout nouveau rapport 2018 du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur la Changement Climatique), portant sur l’impact d’un réchauffement climatique global de 1,5°C.

Selon l’OCDE, l’un des outils les plus puissants et moins couteux pour lutter contre le changement climatique est la tarification des émissions de CO2. La tarification du carbone permet de réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, en internalisant les coûts des dommages de ces émissions sur l’environnement.

Cet outil ne peut à lui seul être la solution mais l’OCDE estime qu’il est à même de constituer un élément essentiel des politiques en faveur de climat. La France défend notamment au sein de l’OCDE la nécessité de veiller à mettre en place en parallèle des politiques de redistribution afin de ne pas pénaliser les ménages ou les populations les plus modestes.

Pourtant, les Etats utilisent-ils pleinement cet outil ?

Le rapport « Effective Carbon Rates 2018  » publié cet automne par l’OCDE mesure les prix des émissions carbone, qui sont déterminés par les taxes et les systèmes d’échanges de permis d’émissions. Cette analyse couvre les 42 économies de l’OCDE et du G20, responsables 80% des émissions mondiales.

Le rapport met en lumière que depuis 2012, la tarification du carbone s’améliore : le déficit de tarification du carbone, qui mesure la différence entre un prix à même de prendre en compte les coûts des dommages environnementaux (prix estimé à 30€ par tonne de CO2) et les prix effectifs, passe de 83% à 76,5% entre 2012 et 2018. Toutefois cette progression est largement insuffisante. En suivant le rythme actuel, ce déficit de tarification ne s’annulera qu’en 2095.

La tarification du carbone diffère drastiquement d’un secteur à l’autre. Elle est par exemple beaucoup plus élevée dans le secteur de l’électricité que de l’industrie. Le secteur résidentiel et commercial échappe quant à lui largement à la tarification du carbone : 78% des émissions n’y sont pas soumises.

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Cette tarification varie également beaucoup d’un pays à l’autre. Le déficit de tarification allait en 2015 de 27% pour la Suisse à plus de 90% dans certaines économies émergentes (graphique ci-dessous). La France, l’Inde, la Corée, le Mexique et le Royaume-Uni ont sensiblement réduit leurs écarts entre 2012 et 2015. Néanmoins, seuls 12 des 42 pays étudiés présentaient un déficit de tarification inférieur à 50% en 2015. Les nouvelles initiatives, tant en France et au Canada en matière de taxation du carbone qu’en Chine, avec la mise en place d’un système d’échange de permis d’émission, devrait permettre d’améliorer sensiblement cet état des lieux.

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La France se place en 4ème position dans ce classement de l’OCDE. En d’autres termes la France fait partie des pays les plus vertueux en matière de tarification du carbone, pour lutter contre les émissions de CO2. Cette nouvelle est d’autant plus appréciable que l’OCDE considère cet écart de tarification du carbone comme un indicateur de la compétitivité à long terme.

En effet, un écart nul ou très faible est un indicateur de la capacité d’un pays à atténuer les émissions mais également du niveau de préparation de son économie à la transition bas carbone. L’impréparation de l’économie peut être a contrario extrêmement coûteuse à long terme.

Ce dernier rapport illustre pleinement les propos tenus lors de la dernière ministérielle du G7 consacrée à l’environnement, aux océans et à l’énergie, en septembre 2018 à Halifax, qui a placé le prix sur le carbone au centre des politiques de lutte contre le changement climatique. La directrice générale de la Banque mondiale, Mme Kristalina Georguieva, y avait rappelé qu’« un prix sur le carbone est la meilleure manière de montrer aux économies qu’il faut changer de comportement », tout en insistant sur le fait que « nous sommes la dernière génération qui peut faire quelque chose pour combattre les changements climatiques ».

Pour en savoir plus :
- Résumé du rapport : http://www.oecd.org/tax/tax-policy/effective-carbon-rates-2018-brochure.pdf
- Rapport en ligne : http://www.oecd.org/tax/effective-carbon-rates-2018-9789264305304-en.htm
- Présentation vidéo :

Dernière modification : 10/10/2018

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